Le projet de Huntington est d'élaborer un nouveau modèle conceptuel pour décrire le fonctionnement des relations internationales après l'effondrement du bloc soviétique à la fin des années 1980. Toutefois, il ne prétend pas donner à son modèle une validité qui s'étend forcément au-delà de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle[3] et s'appuie sur une description géopolitique du monde fondée non plus sur des clivages idéologiques « politiques », mais sur des oppositions culturelles plus floues, qu'il appelle « civilisationnelles », dans lesquelles le substrat religieux tient une place centrale, et sur leurs relations souvent conflictuelles[2].
Huntington considère le monde comme foncièrement multi-civilisationnel et, de ce fait, multipolaire. Il propose un découpage du monde en neuf civilisations[5]. La chute du mur de Berlin ouvre une ère où l'identité d'une nation est de moins en moins définie par son appartenance à une seule et unique nation. L'utilisation de drapeaux étrangers par des populations locales reflète la transition vers la modernité post-guerre froide, où l'on soulève les drapeaux des peuples ayant la même ligne culturelle et identitaire, en s'identifiant à eux[6].
L'auteur remarque que le monde multipolaire a remplacé le monde bipolaire, qui était divisé en trois parties : le monde occidental, le monde communiste, et le tiers-monde (les non-alignés). Les non-alignés ont été le théâtre des affrontements de la guerre froide. Le monde multipolaire qui lui succède voit la fin des oppositions idéologiques, économiques et politiques, au profit des oppositions culturelles.
Huntington s'oppose radicalement à la thèse défendue par Francis Fukuyama dans La Fin de l'histoire et le Dernier Homme (1992), selon laquelle la progression de l'histoire humaine, dont le dernier stade était un combat entre des idéologies, touche à sa fin avec le consensus mondial sur la démocratie libérale post-guerre froide. Or, pour Huntington, si le monde est devenu différent après la chute du mur, il n'en est pas devenu pacifique pour autant. L'harmonie demeure une illusion déjà rencontrée à la fin de la Première Guerre mondiale avec le concept de « der des der », la montée du fascisme et des nationalismes, la Seconde Guerre mondiale qui elle-même a engendré la guerre froide.
Huntington distingue les civilisations suivantes[2] :
- la civilisation sinisante, qui existe depuis 1500 avant notre ère, et trouve son cœur en Chine. Elle est plus que confucéenne.[Quoi ?] Elle regroupe les pays d'Asie du Nord-Est ;
- la civilisation japonaise, issue de la civilisation chinoise, qui émerge entre l'an 100 et 400 ;
- la civilisation hindoue, qui existe depuis au moins 1500 avant notre ère ;
- la civilisation islamique. Originaire de la péninsule arabique, elle émerge au VIIe siècle et s'étend jusqu'en Afrique du Nord, en Espagne, en Asie centrale, en Asie du Sud-Est, etc. Des sous-civilisations existent au sein de cette civilisation, comme la sous-civilisation arabe, turque, perse, malaisienne… ;
- la civilisation orthodoxe, qui sépare la Russie, principalement, du reste du monde chrétien. Cette zone a été peu exposée à la Renaissance, à la Réforme, aux Lumières et aux « autres expériences occidentales » ;
- la civilisation occidentale, qui émerge entre l'an 700 et 800. Elle est composée de l'Europe, de l'Amérique du Nord, et de l'Amérique latine, mais aussi de la Nouvelle-Zélande et de l'Australie ;
- la civilisation latino-américaine, distincte de l'Occident, ayant évolué différemment. Corporatiste et autoritaire, l'Amérique latine n'a été que catholique et incorpore des éléments amérindiens ;
- la civilisation africaine, dont l'auteur n'est pas certain de l'existence.
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